Livrés à Satan..

« On entend dire généralement qu’il y a parmi vous de l’impudicité, et une impudicité telle qu’elle ne se rencontre pas même chez les païens ; c’est au point que l’un de vous a la femme de son père. Et vous êtes enflés d’orgueil ! Et vous n’avez pas été plutôt dans l’affliction, afin que celui qui a commis cet acte fût ôté du milieu de vous ! Pour moi, absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, celui qui a commis un tel acte. Au nom du Seigneur Jésus, vous et mon esprit étant assemblés avec la puissance de notre Seigneur Jésus, qu’un tel homme soit livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus. » (1Co 5.1-5)

« De ce nombre sont Hyménée et Alexandre, que j’ai livrés à Satan, afin qu’ils apprennent à ne pas blasphémer. » (1Tim 1.20)

De quoi parle Paul, ici, en ordonnant une mystérieuse « livraison à Satan » ?

Il n’est évidemment pas question ici d’une destruction physique, puisque l’édification joue clairement un rôle dans les deux cas (« .. afin qu’ils apprennent à ne pas blasphémer.. ») . En fait, il faut chercher du côté même de l’église des premiers temps, de son fonctionnement, pour aboutir à une interprétation crédible.

De nos jours, l’église orthodoxe, comme beaucoup d’autres organisations religieuses, met en avant la foi sans vraiment se préoccuper du monde dans lequel le croyant va vivre cette foi. Certes, le clivage entre « monde » et « église » existe bien, mais dans les faits il apparaît qu’aucune frontière concrète ne délimite clairement les deux. Le fidèle vit intérieurement sa sortie du monde (à l’exception des moines), lorsqu’il la vit.

Lorsque les premiers chrétiens se rassemblèrent pour vivre ensemble (Ac 2, Ac 4), c’est une vraie communauté qui fit corps avec la Foi, une communauté de chair et de sang, sur laquelle les principes fondamentaux de l’église étaient lois. L’Esprit Saint régnait sur les membres, « gouvernés » par les apôtres. Celui qui sortait de cette communauté s’excluait donc lui-même à la fois du groupe, et par conséquent, prenait le risque de tomber.

Lorsque Paul ordonne une « livraison à Satan », il s’agit très certainement d’une exclusion de la communauté physique, voire d’une mise en quarantaine. Un tel bannissement, un tel retour vers le monde, n’était pas sans conséquences – spirituelles et sociales – à une époque où les méthodes de coercition à l’égard des groupes dissidents n’étaient pas anodines.

Il y avait donc une cohésion sociale du groupe chrétien, matérialisée par la communauté physique, avec certainement ses règles sociales (outre les commandements spirituels), et dans lequel on pouvait entrer, et dont on pouvait sortir. La proximité sociale engendrée permettait une émulation forte, et un contrôle des moeurs. Or, dès les premiers temps, il apparaît déjà que l’édifice se fissure – le monde s’insinuant malgré tout -, préfigurant la confusion qui perdure encore maintenant.

Lorsque l’un d’entre vous a un litige avec un autre, comment ose-t-il demander justice devant les injustes, et non devant les saints ? Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous incapables de rendre des jugements de faible importance ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les affaires de la vie courante ! (1 Corinthiens 6:1-3)

Plus tard, le christianisme ayant gagné en prestige et en nombre de fidèles, il a fini par se confondre avec le monde dans lequel il ne formait au début que des groupes compacts et éparses. Moralisateur, puis législateur, dès Constantin (IVème siècle) le christianisme s’épanouit et imposa ses vues au monde. Le monde était devenu la communauté.

La vraie question qui se pose à nous, chrétiens du XXIème siècle : est-il pertinent de conserver notre mode de vie actuel, sachant que nous ne vivons plus dans la « communauté », mais dans un monde redevenu païen ? Ne devrions-nous pas restaurer un semblant de communauté, ou du moins certaines de ses règles ?

Certes, les « communautés » existent (paroisses, communautés monastiques), mais elles n’exigent plus rien, elle ne légifèrent plus nos existences. Seuls les moines gardent ce semblant d’appartenance. Or, de fait, l’absence de cette « densité sociale » a été une des causes de l’affaiblissement de la foi.

Les exigences de la foi ne peuvent être remises en cause sans de graves répercutions sur notre Salut. La population dite « orthodoxe » est victime d’une perte manifeste de repères, de connaissances, et ne sait plus se remettre en question. Travaillons à restaurer en nous l’Esprit Saint, afin que, pour le moins, nous puissions espérer être présentable le jour de l’Avènement. Travaillons à la solidarité entre nous, à l’amour mutuel, et aidons-nous mutuellement dans notre combat contre le péché. C’est encore peu si l’on se compare aux premières communautés qui ont tout mis en commun. Mais c’est un début.

Sommes-nous hors ou dans l’église ?

Qui est déjà « livré à Satan » ?

Tikhon.

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